Méduse de Martine Desjardins : un roman aussi glauque que réconfortant

Faut-il lire Méduse ?

Si vous aimez les romans fantastiques qui sortent complètement des sentiers battus, je pense que Méduse vaut vraiment le détour. C’est un livre étrange, parfois dérangeant, profondément féministe, mais porté par une plume d’une douceur incroyable. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus marquée : j’avais l’impression de lire une histoire très sombre tout en étant constamment enveloppée de bienveillance.

Pourquoi j’ai eu envie de lire Méduse

J’ai lu Méduse parce que Jody, de la chaîne Les Livres de la Crypte, l’avait recommandé. Mais ce qui m’a vraiment convaincue, ce n’est pas tant son avis que le pitch qu’elle en a fait. Je l’ai trouvé tellement intrigant que je me suis lancée presque immédiatement, sans trop savoir où j’allais, mais avec énormément de curiosité.

Une plume qui m’a fait l’effet d’un câlin pour le cerveau

L’entrée dans le roman a été immédiate. Je n’ai eu besoin d’aucun temps d’adaptation. Dès les premières pages, l’écriture est douce, poétique, presque délicate. J’ai eu cette sensation, du début à la fin, d’être cajolée par l’autrice, comme si elle me prenait doucement par la main pour me raconter son histoire.

C’est assez difficile à expliquer, mais cette impression ne m’a jamais quittée.

Et pourtant, ce qui est raconté est loin d’être tendre. L’ambiance est très sombre, parfois franchement glauque, et certaines scènes sont même complètement dégueulasses. Malgré cela, je me suis sentie incroyablement bien pendant toute ma lecture. La douceur de la plume contrebalance en permanence la noirceur du récit. C’est assez déroutant, mais ça fonctionne à merveille.

Un roman profondément féministe

Au-delà de son intrigue, Méduse m’a surtout marquée par son propos.

Pour moi, c’est avant tout un roman qui parle de ce que signifie être une femme sous le poids du regard des autres. De la manière dont les injonctions, les attentes et les jugements peuvent finir par nous façonner, jusqu’à nous faire croire que nous sommes nous-mêmes le problème.

J’y ai vu une histoire de libération. Une femme qui apprend peu à peu à se réapproprier son existence malgré tout ce que la société projette sur elle.

C’est un message qui m’a beaucoup touchée et qui donne, à mon sens, toute sa force au roman.

Une héroïne inoubliable

Tout le récit est raconté du point de vue du personnage principal, sous la forme d’une longue lettre adressée à un autre personnage que l’on rencontre plus tard. Elle y raconte sa vie avant leur rencontre, puis tout ce qui s’est passé ensuite.

J’ai beaucoup aimé cette construction. Elle donne l’impression de recevoir une confidence, comme si la narratrice nous ouvrait doucement les portes de son intimité.

Et puis il y a cette façon très particulière qu’a Martine Desjardins de parler de la difformité de son héroïne.

Jamais elle ne décrit directement ses yeux.

À la place, elle parle de « mes monstruosités », « mes délinquances », « mes rébarbativités » ou encore « mes affreusités ».

J’ai trouvé ces mots magnifiques. Ils m’ont presque fait penser à ces petits surnoms affectueux que l’on donne à ceux qu’on aime. Comme lorsqu’on appelle un enfant « mon petit monstre ». Ils rendent le personnage encore plus touchant et participent énormément à la douceur qui traverse tout le roman.

Une histoire qui ne s’attarde jamais inutilement

J’ai aussi beaucoup apprécié la construction du récit. Il n’y a pas de longueurs, pas de chapitres qui donnent l’impression de faire du remplissage. Le roman avance tranquillement, sans jamais perdre son cap, jusqu’à une direction que je n’avais pas du tout anticipée.

Je me suis laissée porter du début à la fin.

Ce que j’ai aimé

  • Une plume poétique d’une douceur incroyable.
  • Une héroïne que je ne suis pas près d’oublier.
  • Un propos féministe fort, sans jamais être pesant.
  • Une ambiance sombre qui contraste parfaitement avec la délicatesse de l’écriture.
  • Un roman qui continue à habiter longtemps après avoir été refermé.

Ce que j’ai un peu moins aimé

Honnêtement, je n’ai pas grand-chose à lui reprocher.

Je comprends que son mélange de fantastique, de poésie et d’absurde puisse dérouter certains lecteurs, mais c’est justement ce qui m’a séduite.

Mon avis final

Une fois terminé, Méduse m’a habitée pendant plusieurs jours.

Je repensais régulièrement à son héroïne, à sa manière de raconter son histoire, mais surtout à cette sensation très étrange que j’avais ressentie pendant toute ma lecture.

Je crois que c’est la première fois qu’une plume me fait l’effet d’un câlin pour le cerveau alors qu’elle raconte une histoire aussi sombre.

Rien que pour cette expérience de lecture, je suis vraiment heureuse d’avoir découvert ce roman.

À qui je recommande ce livre ?

Je recommande Méduse aux lecteurs qui aiment les romans sombres, les histoires profondément humaines et les œuvres fantastiques qui utilisent l’étrange pour parler de sujets très réels.

En revanche, si vous n’aimez pas le fantastique un peu absurde ou les récits très symboliques, il est possible que cette lecture vous laisse de côté.

FAQ

Méduse est-il un roman fantastique ?

Oui, mais le fantastique est surtout au service du propos. Il ne s’agit pas d’un roman d’aventure, mais d’un récit intimiste qui utilise l’étrange pour parler d’identité, de différence et du regard des autres.

Pourquoi parle-t-on d’un roman féministe ?

Parce que Méduse questionne le poids des normes imposées aux femmes, le regard porté sur leur corps et leur place dans la société. C’est, à mes yeux, un véritable roman de libération.

La plume de Martine Desjardins est-elle difficile à lire ?

Pas du tout. Elle est poétique sans être compliquée. Au contraire, c’est même l’une des plus belles qualités du roman.