Je suis une flipette hypersensible. Vraiment.
J’ai peur d’à peu près tout. Les chiens, les chats, les animaux en général. Les insectes, et particulièrement les vers et les guêpes. Les true crime m’angoissent profondément. Dès qu’il y a un risque, il n’y a plus personne. Impossible de regarder des films d’horreur, la pression est beaucoup trop forte pour moi.
Donc lire de l’horreur est complètement contre-intuitif. Et j’y suis venue très tard.
Et pourtant, quand j’y pense, j’ai toujours aimé une certaine forme d’horreur ou de fantaisie récréative, surtout celle avec des monstres. J’ai adoré Charmed, Buffy contre les vampires, Supernatural, X-Files… Ce goût était là, quelque part, mais cantonné à un cadre très précis, très contrôlé.
Ce qui m’angoisse le plus, ce sont les histoires de fantômes et de maisons hantées. Ça, c’est non. Ça me terrorise au plus haut point.
Et puis un jour, je me suis rendu compte que j’étais en panne de lecture.
Les livres “classiques” avaient tendance à m’ennuyer. Je sais que ce n’est pas terrible à dire, mais c’est la vérité. Je lisais des polars et je m’ennuyais la plupart du temps. Je lisais des classiques, que j’adorais intellectuellement, mais sans être emballée. Les feel good et les cozy mystery étaient d’un ennui profond.
Seul mon cher Terry Pratchett arrivait encore à m’enthousiasmer.
Et puis je suis tombée sur Dracula de Bram Stoker.
Quelle claque.
J’ai adoré.
Vraiment adoré.
Je me suis lancée dans un marathon de lectures horrifiques et j’ai pris mon pied. J’ai eu l’impression très claire que c’était un exutoire. Que ces fictions me permettaient de ressentir ce que mon angoisse me refuse depuis tant d’années : de la violence, beaucoup. De la colère. De la haine. De la méchanceté. Et plein d’autres émotions pas très glorieuses que je ne m’étais pas autorisée à ressentir depuis longtemps.
Les histoires d’horreur me permettent de vivre des émotions intenses tout en gardant le contrôle.
Elles m’autorisent à sortir de mon carcan bien carré de femme sociable, bienveillante, affectueuse, performante. Elles m’autorisent à être tout le contraire de ce que je n’ai pas le droit d’être dans la vraie vie, mais qui existe bel et bien au fond de moi.
Et c’est là que se situe toute la différence entre la peur dans la vraie vie et la peur dans la lecture.
Je ne sélectionne pas des livres qui me font peur. Je sélectionne des livres qui réveillent en moi des émotions fortes.
Par exemple, j’ai L’Exorciste dans ma bibliothèque. Je sais que je ne le lirai pas de sitôt. Peut-être jamais.
En revanche, les livres dérangeants comme Dévore de Loana Hoarau ou Zombie de Joyce Carol Oates sont exactement ceux que j’aime lire. Parce qu’ils sont dérangeants. Parce qu’ils sont extrêmement dégueulasses, disons-le. Leur lecture ne laisse pas indifférent. Impossible. On se sent même parfois coupable de lire des choses pareilles.
Pareil pour les Contes interdits. C’est un plaisir immense pour moi dans leur côté exutoire. J’ai pris un plaisir immense à lire La Petite Sirène de Sylvain Johnson et Blanche-Neige de LP Sicard.
Aujourd’hui, je choisis mes lectures principalement en regardant des chroniques, notamment celles de Jody de la chaine « Les livres de la Crypte ». Ses chroniques me permettent de filtrer ce qui me paraît lisable pour moi, même si nous n’avons pas toujours les mêmes goûts. Elle a par exemple adoré Abyss de Rivers Solomon : j’ai beaucoup aimé, mais sans en faire un coup de cœur.
Je suis actuellement sur L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel, recommandé de nombreuses fois par Jody, et j’ai du mal à rentrer dedans, je dois l’avouer.
Être hypersensible et enchaîner des lectures hyper dérangeantes et violentes, c’est addictif.
C’est peut-être le format lecture qui, dans mon cas, permet de mettre une distance que je n’arrive pas à mettre avec les films. J’ai systématiquement envie d’y retourner, comme si je pouvais vivre en toute sécurité des choses que je m’interdis en temps normal.
Un peu comme manger des bonbons à volonté sans jamais s’inquiéter de l’état de ses dents ou de sa santé.
Horreur et hypersensibilité se marient parfaitement, dans mon cas.
C’est une addiction.
Quand j’en parle autour de moi, la plupart des gens ne comprennent pas vraiment cette fascination. Je reçois des regards horrifiés et interrogateurs, du genre : “C’est quoi son problème ?”
Mais honnêtement, j’en parle très peu. Je n’ai pas besoin de ce genre de regard. Et surtout : chacun lit ce qu’il a envie de lire. Les personnes accro à la romance ont longtemps subi ce genre de jugements avant que le genre devienne tendance.
Mon mantra : tout le monde s’en fout de ce que tu lis.
Aujourd’hui, les lectures d’horreur sont devenues indispensables pour moi. Et ça fait un bien fou à ma santé mentale. Je prends ces récits comme un véritable soutien, un réel exutoire. Ça me permet de m’échapper et de vivre une part de moi que je garde quelque part dans l’ombre — là où elle est très bien — mais qui se sent parfois esseulée.
Il y a évidemment des limites très claires.
Je ne peux pas lire d’histoires avec des éléments de surnaturel. Je trouve ça trop effrayant et traumatisant. Et la cruauté envers les enfants et les animaux est absolument impossible à lire pour moi.
Si j’ai un seul conseil à donner à une personne hypersensible qui hésite à se lancer, c’est celui-ci : se renseigner avant. Regarder une chronique. Ne pas y aller à l’aveugle.
Je sais maintenant que certains auteurs me font du bien, comme Violaine de Charnage ou Frédéric Livyns.
D’autres, en revanche, restent bannis, comme Graham Masterton, qui flirte trop avec le surnaturel pour moi.
Lire de l’horreur quand on est une flipette hypersensible, ce n’est pas se faire violence.
C’est, au contraire, une manière très douce et très contrôlée de prendre soin de soi.